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Infectiologie

09 jan 2020

Quand craindre les séquelles neurologiques et auditives de l’infection congénitale à CMV ?

Catherine Vicariot, Meung-sur-Loire

L’infection congénitale à cytomégalovirus (CMV) est la principale cause infectieuse de retard mental et de surdité avec une prévalence mondiale de 7/1 000 naissances vivantes ; 20 % des nouveau-nés infectés ont des séquelles.

Les liens qui existent entre l’âge gestationnel lors de la primo-infection maternelle à cytomégalovirus et les conséquences de l’infection congénitale n’ont fait l’objet que d’études rétrospectives limitées. Elles font état de séquelles dans 32 % des cas quand l’infection a lieu au premier trimestre, et 15 % aux deuxième et troisième trimestres. Une étude a été menée en France afin de préciser l’importance du risque de séquelles neurologiques et de surdité, en fonction du terme de la grossesse lors de la primo-infection maternelle. Elle a été faite entre 2011 et 2017 à partir de trois cohortes (Cymeval II, Cymepedia et BioCMV), en utilisant des outils de diagnostic d’infection virale performants. Elle a concerné des femmes ayant développé une primo-infection à CMV durant leur grossesse et dont l’enfant a été infecté et était suivi depuis au moins 12 mois au moment de l’analyse. La datation de la primo-infection a été obtenue grâce aux dosages répétés des IgM, des IgG, et de l’avidité des IgG anti CMV. Les conséquences de l’infection ont été évaluées grâce à un suivi spécifique des enfants jusqu’à l’âge de 48 mois. Deux cent-cinquante-cinq femmes, leurs 234 nouveau-nés et 26 fœtus (pour lesquels la grossesse a été interrompue) ont été inclus dans l’étude. La datation de la primo-infection maternelle aux 1er, 2e ou 3e trimestres a été faite de manière prospective dans 86 % des cas, et rétrospective dans 14 % des cas. Si la primo-infection maternelle à lieu au premier trimestre de la grossesse L’infection congénitale à CMV s’est produite dans 58 % des cas (152/260) quand la primo-infection maternelle a eu lieu au 1er trimestre, et respectivement dans 28 % des cas (72/260) et 14 % (36/260) quand l’infection maternelle a eu lieu au 2e et 3e trimestre de la grossesse. A la naissance, une hypotrophie (< 10e perc.) était retrouvée chez 14 %, 19 % et 36 % des nouveau-nés dont les mères avaient été infectées respectivement au 1er, 2e et 3e trimestre. L’hypotrophie rendait compte à elle seule de l’ensemble des symptômes des bébés infectés au 3e trimestre. La surdité neurosensorielle, à la naissance, n’était retrouvée que dans le « groupe 1er trimestre ». Après un suivi médian de 24 mois, la proportion de surdité neurosensorielle et/ou de séquelles neurologiques était de 32,4 % (intervalle de confiance à 95 % = 23,72 – 42,09) après une infection maternelle du premier trimestre, et de 0 (0-6,49) et 0 (0-11,95) après une infection des 2e et 3e trimestres. (p < 0,0001). Ces résultats suggèrent que l’infection à CMV peut être sévère uniquement quand le virus touche l’embryon ou le fœtus précocement. Des recommandations récentes préconisent un suivi auditif prolongé, jusqu’à l’âge de 5 ans, des enfants infectés par le CMV, mais cette attitude augmente l’anxiété des parents et génère un coût significatif. Les auteurs de l’étude proposent qu’un suivi auditif et neurologique ne soit envisagé que pour des enfants dont les mères ont été infectées au premier trimestre de la grossesse.

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