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Nouveau-né

17 déc 2020

Une 6e maladie inscrite au dépistage néonatal précoce : le déficit en MCAD

Christine Morin, Caroline Brochet, Paris

Le dépistage néonatal, qui existe depuis 1972 en France, est une action de santé publique visant à détecter dès la naissance certaines maladies rares mais graves, d’origine génétique pour la plupart.

L’enjeu est de mettre en œuvre, avant l’apparition de symptômes, un traitement ou une prise en charge adaptée afin d’éviter ou de réduire la morbimortalité. Un arrêté de 2010[1] a fixé la liste des cinq maladies donnant lieu à un dépistage néonatal, et celui du 22 février 2018[2] a défini l’organisation du programme de dépistage. En 2008, la Haute autorité de santé a été chargée d’évaluer la pertinence de l’extension du dépistage néonatal aux erreurs innées métaboliques (EIM) par la technique de spectrométrie de masse en tandem (MS/MS). Celle-ci a été réalisée en 2 volets. Le premier a concerné la maladie associée au déficit en acyl-CoA déshydrogénase des acides gras à chaines moyennes (MCAD). Il fait l’objet de cette fiche, de recommandations[3] mises en ligne en 2011 et d’un arrêté récemment publié[4]. Le deuxième volet a concerné les autres EIM dépistables par MS/MS (fiche n°2). Un troisième article développera les bonnes pratiques recommandées en matière d’information et de recueil de consentement des parents dans le cadre du dépistage néonatal précoce (fiche N°3). Les cinq maladies du dépistage néonatal En France, l’arrêté́ du 22 février 2018 organise le programme national de dépistage néonatal recourant à des examens de biologie médicale. Ce dépistage s’inscrit dans la politique de santé publique française et constitue un programme de santé national. Il a pour objectif la prévention secondaire de cinq maladies à forte morbimortalité́, dont les manifestations et complications surviennent dès les premiers jours ou les premières semaines de vie et peuvent être prévenues ou minimisées par un traitement adapté si ce dernier est débuté́ très précocement.  La réalisation du dépistage néonatal est proposée à titre gratuit pour tous les nouveau-nés. Les examens de biologie médicale du programme de dépistage néonatal doivent être réalisés sur un échantillon de sang total prélevé sur buvard au plus tôt 48 heures après la naissance, au mieux à 72 heures. Le programme de dépistage néonatal est mis en œuvre dans chaque région par le Centre régional de dépistage néonatal, dont les missions sont définies par le cahier des charges de l’arrêté du 22 février 2018 Ces cinq maladies sont : 1 - Pour l’ensemble des nouveau-nés : la phénylcétonurie (PCU) ; l’hypothyroïdie congénitale ; la mucoviscidose. 2 - Pour les nouveau-nés nés à partir de 32 SA (34 semaines de grossesse) : l’hyperplasie congénitale des surrénales. 3 - Pour les nouveau-nés présentant un risque particulier de développer la maladie : la drépanocytose. La phénylcétonurie est une maladie génétique rare, de transmission autosomique récessive. Elle est liée à un déficit en phénylalanine hydroxylase, entraînant l'accumulation de phénylalanine dans le sang et le cerveau, elle-même responsable d’un déficit mental léger à sévère chez les patients non traités. Le traitement consiste en un régime alimentaire pauvre en phénylalanine, c’est-à-dire pauvre en protéines. L’hypothyroïdie congénitale correspond à un déficit de production des hormones thyroïdiennes. Non dépistée et non traitée, cette pathologie peut entraîner des troubles du développement psychomoteur et des troubles de la croissance non réversibles. Le traitement consiste en l’administration d’hormones thyroïdiennes de synthèse. L’hyperplasie congénitale des surrénales est une maladie génétique se transmettant selon un mode autosomique récessif. Elle se caractérise par la production excessive de testostérone. Elle peut aboutir à des formes d’intersexuation. Le traitement consiste en un traitement hormonal de substitution. La drépanocytose ou anémie falciforme est une maladie génétique héréditaire affectant les chaines de l’hémoglobine. Elle se traduit par des crises drépanocytaires douloureuses car vaso-occlusives. Elle peut entraîner des infections donc de la fièvre, une anémie, des douleurs osseuses et musculaires. Si elle est dépistée avant les premières complications, un traitement préventif des complications infectieuses et anémiques augmente le pronostic vital et la qualité de vie des enfants. Ce traitement comprend des antibiotiques, de l’acide folique et une vaccination précoce et rigoureuse. En 2002, la mucoviscidose a été intégrée au Guthrie. C’est une maladie génétique dite des « mucus visqueux ». Ces mucus, parce qu’ils s’écoulent mal dans les voies respiratoires, sont responsables d’infections. Au niveau du tube digestif, ils interfèrent avec l’absorption des aliments. Un dépistage précoce permet de ralentir la progression de la maladie puisqu’en prévenant les infections, on évite que les poumons s’altèrent par des épisodes infectieux répétés et par l’obstruction chronique des bronches. Le traitement précoce correspond donc à une prise en charge nutritionnelle et respiratoire. La maladie associée au déficit MCAD La maladie métabolique, associée au déficit en acyl-CoA déshydrogénase des acides gras à chaines moyennes (MCAD), est fréquemment mortelle en l’absence de traitement. Cette maladie, qui touche entre 1/8 000 et 1/25 000 nouveau-nés en Europe, fait partie des maladies rares. Elle est caractérisée par une incapacité de l’organisme à assimiler les graisses. Les enfants qui présentent un déficit en MCAD n’ont pas de symptômes à la naissance, mais ils peuvent développer une crise métabolique en période de jeûne (lors d’une infection banale par exemple). Cette dernière peut rapidement entraîner un coma ou la mort. Les 2/3 à 3/4 des enfants atteints développent une crise métabolique qui mène au décès dans 20 % des cas et à des séquelles neurologiques dans 10 % des cas. La mortalité due à un déficit en MCAD est 4 fois moindre parmi les enfants dépistés. Afin de prévenir les décès, facilement évitables chez des jeunes enfants, la prise en charge, très efficace, de la maladie MCAD consiste à observer des règles diététiques simples en évitant notamment les périodes de jeûne et en augmentant l’apport en hydrates de carbone lorsque l’enfant se trouve en situation où ses besoins énergétiques augmentent. Pourquoi la MCAD aura-t-elle donc mis 9 ans avant d’être intégrée au dépistage néonatal précoce ? Si l’aspect médical a été prouvé, il fallait aussi que l’aspect économique soit pris en compte. Or, même si la prise en charge de cette maladie induit une économie de santé par l’amélioration du pronostic et donc la diminution du coût de prise en charge de cette maladie, le dépistage de masse n’était pas rentable et donc économiquement non viable. Il fallait, pour y remédier, diminuer le nombre de laboratoires de dépistage. Un plan de restructuration débuté en 2018 a permis de réduire le nombre de Centres régionaux de dépistage néonatal (CRDN) de 24 en 2016 à 12 en 2020.   [1] Arrêté du 22 janvier 2010 fixant la liste des maladies donnant lieu à un dépistage néonatal. [2] Arrêté́ du 22 février 2018 relatif à l’organisation du programme national de dépistage néonatal recourant à des examens de biologie médicale. [3]Recommandations pour l’extension du dépistage néonatal au déficit en MCAD : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2011-07/fs_depistage_neonatal-fr-v3.pdf [4] Arrêté du 12 novembre 2020 modifiant l'arrêté du 22 février 2018 relatif à l'organisation du programme national de dépistage néonatal recourant à des examens de biologie médicale.

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