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Allaitement

25 juin 2021

Cas clinique : zoom sur l’engorgement mammaire lié à l’allaitement

Michelle BACHELARD, Nogent-sur-Marne
Cas clinique : zoom sur l’engorgement mammaire lié à l’allaitement

Trouble fréquent et multifactoriel chez les femmes allaitantes, l'engorgement résulte à la fois d'une augmentation du flot sanguin, de l'œdème et de la stase de lait à l'intérieur des seins. Précisément, la quantité de lait produite dépasse la quantité de lait ingérée quotidiennement par le nouveau-né. Cette accumulation de liquide ralentit en conséquence le retour lymphatique. La combinaison de stase veineuse et lymphatique crée de l’œdème à l’origine du ralentissement de l’écoulement de lait.

L’engorgement est une complication fréquente qui à défaut de prise en charge peut dégénérer rapidement en mastite voire en abcès. D’autre part, une distension des lactocytes durant ce type d’épisode diminue la synthèse de lait et engendre donc, secondairement une insuffisance de production. Les signes spécifiques : Seins enflés (peau tirée et luisante) Rougeur généralisée aux deux seins Douleur légère à sévère Augmentation de la chaleur dans les deux seins Difficulté à prendre le sein efficacement pour le bébé Episode de fièvre légère Cas de Mme P. Elle allaite son 2ème enfant qui a 8 jours Elle n’a pas d’antécédent particulier et son 1er bébé avait été allaité pendant 2 mois Le démarrage de l’allaitement s’est très bien passé Elle me contacte un soir car elle pense avoir de la fièvre et sa poitrine est douloureuse. Par précaution (car doute sur la fièvre et donc doute sur contamination de son lait) elle a suspendu les mises au sein qui sont extrêmement douloureuses. Quelle prise en charge pour cette patiente ? La prise en charge doit être systématiquement basée sur : Les recommandations immédiates et la mise en place traitement le cas échéant pour éviter l’aggravation de la pathologie ; La recherche de l’étiologie via un interrogatoire systématique afin d’éviter les récidives ; La réévaluation rapide et obligatoire afin de suivre l’évolution de la situation et adapter la prise en charge si besoin. De manière générale, toute prise en charge en matière d’allaitement doit évoluer dans les 24h. D’où la nécessite d’une évaluation régulière prévue et programmée pour chaque patiente. Dans le cas de Mme P., la recommandation immédiate est : le drainage systématique des 2 seins de la façon la moins douloureuse possible (afin d’être assuré que la patiente s’y astreindra fréquemment), toutes les 2 à 3h. Technique de drainage (un geste à expliquer si possible en suivi anténatale) 1-Comprimer le sein vers l’arrière 3 secondes 2-Effectuer une compression 3 secondes 3- Relâcher 3 secondes Comment s’assurer d’un drainage efficace : Encourager la mère à allaiter souvent ou exprimer son lait si la mise au sein n’est pas possible ou utiliser un tire-lait ; Compresses chaudes sur le sein avant la tétée, Attention les massages des seins sous une douche chaude après la tétée vont augmenter la circulation sanguine vers les seins et le mouvement des liquides vers les tissus, aggravant ainsi l'engorgement ; Massage ferme mais non douloureux des régions indurées pendant la tétée. Expression manuelle avant la tétée pour ramollir le mamelon et l’aréole ; Permettre l’écoulement libre du lait : du côté où le bébé ne tète pas, exprimer si besoin le 2ème sein si le bébé ne souhaite pas téter ; Si le bébé tète bien mais que les seins sont encore inconfortables, le drainage de juste assez de lait pour être confortable est essentiel. On peut le faire après et entre les tétées ; Compresses froides sur les 2 seins immédiatement après la tétée ; Anti-inflammatoire ; Bien sûr pas de restriction hydrique ni bandage des seins. Ensuite il faut trouver l’étiologie, pour cela j’interroge la patiente : la première tétée a été précoce et les mises au sein n’était pas douloureuses. Elle donne le sein fréquemment la journée mais son mari donne le biberon la nuit depuis 2 jours car elle est épuisée et n’arrive pas à s’occuper de son ainé. De plus le bébé a été particulièrement demandeur et agité d’où cette décision de biberon la nuit afin de s’assurer qu’il mangeait suffisamment. Ainsi elle peut dormir 6 à 7 heures d’affilée. Mme P. ajoute que, grâce à cette pause, ses seins sont très remplis le matin et lui permettent de donner plus de lait à son bébé sur cette tétée en particulier. Je lui explique donc que cette longue pause nocturne est certainement à l’origine de l’engorgement et que dans l’immédiat il va falloir maintenir les tétées nocturnes afin de mettre un terme à l’engorgement. Il faut bien sûr entendre son épuisement et lui proposer de revoir l’organisation à domicile transitoirement, se concentrer sur la prise en charge de cet engorgement et solliciter son entourage pour la prise en charge de l’ainé et des tâches domestiques afin de lui laisser le champ totalement libre. Lui prescrire un repos allongé sur 24h afin de profiter de chaque plage de sommeil possible. Voir s’il est possible que son mari prenne tout de même le relais en gardant le bébé après les tétées nocturnes, en expliquant que cette situation est une urgence pour permettre une amélioration rapide et qu’il faudra réfléchir à une autre organisation une fois l’épisode passé. Je lui ai également expliqué que les bébés ont des périodes particulièrement difficiles à 7 jours, 3 semaines et 6 semaines (apparentées à des « pics de croissance »).et donc que l’attitude de son bébé était certainement transitoire (âgé de 8 jours). A 24h j’ai la possibilité de passer voir Mme P. à son domicile : elle n’a pas de fièvre, les seins demeurent tendus mais ne sont plus rouges, les tétées demeurent douloureuses. Dans ce cas Mme P. avait également un œdème aréolaire, je lui ai donc expliqué le massage aréolaire. 48h après les tétées ne sont plus douloureuses, le mari de Mme P. a pris le relais sur l’organisation de la maison sur le temps de son congé paternité ce qui permet à Mme P. de se consacrer à son bébé et les tétées nocturnes sont ainsi mieux vécues puisqu’elle s’autorise à dormir la journée. Son projet initial était un allaitement de 1 mois et demi comme le premier et elle a continué jusqu’à 6 mois finalement car le contexte de reprise en télétravail lui permettait de tirer son lait (ce qui n’était pas possible pour son ainé).

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