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Psycho-social

24 mai 2019

Des hommes face aux grossesses perdues

Marie GÉLÉBART, Paris
Des hommes face aux grossesses perdues

La perte d’une grossesse, qu’il s’agisse d’une fausse couche ou d’une mort fœtale in utero, est toujours une douleur qui peut perdurer longuement chez certains parents. L’absence de reconnaissance sociale d’un nouveau-né sans vie et de rituels de deuil en particulier aggravent encore un peu plus leurs souffrances. Si l’impact psychologique des pertes de grossesse sur les femmes est reconnu depuis maintenant quelques décennies dans le monde du soin, celui sur les hommes reste à explorer.

La souffrance plus souvent dissimulée par ces pères, en lutte entre le besoin de se dévoiler et celui de maintenir la douleur enfouie afin de pouvoir soutenir leur compagne, se révèle plus difficile à capter, et l’absence de reconnaissance de cette souffrance conduit régulièrement les hommes à méconnaître les possibilités de soutien qui leur sont offertes. Deux psychologues australiennes ont rencontré huit de ces hommes âgés, de 33 à 45 ans, dont la compagne avait eu une mort in utero – ou des fausses couches précoces pour l’une d’elle - entre 6 mois et cinq ans plus tôt. Un soutien imposé et parler avec d’autres hommes Leurs témoignages confirment que l’expérience de la douleur est de nature très variable, sans lien avec l’âge de la grossesse perdue. L’absence de reconnaissance de leur souffrance les amène à taire leurs sentiments d’autant plus qu’ils se sentent moins légitimes à s’exprimer, du fait qu’ils n’ont pas eu à éprouver physiquement la perte. Les offres de soutien sont diversement appréciées, les groupes de paroles ne correspondant pas forcement aux attentes. Néanmoins, si certains hommes ressentent un manque de reconnaissance sociale et que leur famille leur apparaît comme un soutien inutile, d’autres trouvent auprès de leur entourage l’attitude et les mots réconfortants dont ils ont besoin. Le retour au travail est souvent précoce, mais parfois décevant au regard de l’indifférence des collègues ou de leur attitude bien sûr très éloignée de celle adoptée lors de la naissance d’un enfant vivant. Il s’avère que ces hommes, en particulier ceux qui se sont sentis mal à l’aise avec l’aide proposée par l’hôpital, auraient aimé pouvoir parler avec d’autres hommes, et plus précisément avec des professionnels masculins. Ils auraient également préféré que le soutien aille de soi, qu’il s’agisse d’une étape non pas proposée et qu’il faille activement accepter, mais qu’elle soit pour ainsi dire imposée au même titre qu’une visite médicale de contrôle. En résumé, ces témoignages démontrent, si cela était nécessaire, qu’un grand travail reste à faire pour mieux prendre en considération ces hommes qui, eux aussi, ont perdu un enfant.

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