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Frontières

28 fév 2020

L’acupuncture en gynécologie-obstétrique

Sandra LE GARREC Sage-femme acupunctrice, Centre Hospitalier Nord Deux-Sèvres

L’acupuncture est une discipline issue de la tradition médicale chinoise consistant en une stimulation de « points d’acupuncture » à visée thérapeutique. Elle appartient avec la moxibution, le massage, la diététique chinoise et la pharmacopée à la médecine chinoise dite traditionnelle (MTC). Elle est pratiquée en Asie depuis des millions d’années.

L’histoire de l’acupuncture en France Les premiers enseignements sur la médecine traditionnelle chinoise furent introduits en occident avec Marco Polo dès le XIIIe siècle. Il faudra attendre le XVIIe siècle pour que les premières connaissances détaillées arrivent, par le biais des écrits des missionnaires et des médecins européens qui séjournèrent en Chine à cette époque. Mais la diffusion de la pratique de l’acupuncture, telle que nous la connaissons aujourd’hui, dans le milieu médical français commence véritablement dans les années 1930 grâce à un ex-consul de France en Chine, George Soulié de Morant. À partir de ce moment, l’acupuncture apparaît dans le milieu médical en se confrontant avec la médecine conventionnelle. La Société française d’acupuncture (SFA) naît en 1943 avec pour but « le développement scientifique de l’acupuncture en France ». En 1950, elle est reconnue par l’Académie française de médecine et peut donc être pratiquée légalement par tous les docteurs en médecine. Dans les années 1970, les indications obstétricales de l’acupuncture apparaissent. Berthe Salagnac, est l’une des premières sage-femme à témoigner d’une grande pratique et d’une grande connaissance de l’acupuncture obstétricale qu’elle retranscrit dans son livre Naissance et Acupuncture en 1984. D’après l’Organisation pmondiale de la santé (OMS), la médecine traditionnelle est la somme des connaissances, compétences et pratiques qui reposent sur les théories, croyances et expériences propres à une culture et qui sont utilisées pour maintenir les êtres humains en bonne santé ainsi que pour prévenir, diagnostiquer, traiter et guérir des maladies physiques et mentales. En juin 1979, l’OMS a reconnu publiquement l’acupuncture-moxibustion comme thérapie sûre et saine. Elle a dressé une liste de 43 indications pour lesquelles l’acupuncture est reconnue comme un moyen de traitement efficace. On y retrouve des pathologies courantes comme les céphalées, les migraines, les gastrites, les lombalgies, les sciatiques, la constipation… Exemples de pathologies bien connues pendant la grossesse et pour lesquelles nos traitements occidentaux restent souvent limités durant cette période. En 2003, le diplôme inter-universitaire (DIU) pour les sages-femmes voit le jour et les premières sages-femmes en sortent diplômées en 2005. En 2009, un arrêté complète le code de déontologie des sages-femmes et autorise officiellement la pratique de l’acupuncture par les sages-femmes titulaires du DIU d’acupuncture obstétricale. Maintenant largement répandue en Chine, dans les régions du sud-est asiatique, en Europe et en Amérique, l’acupuncture-moxibustion est classée au patrimoine mondial immatériel de l’humanité par l’UNESCO depuis 2010. Comprendre l’acupuncture La définition donnée par l’UNESCO en 2010 est très représentative de ce qu’est la véritable acupuncture traditionnelle : « l’acupuncture traditionnelle forme un art thérapeutique qui élabore son raisonnement diagnostique et thérapeutique sur une vision énergétique taoïste de l’Homme et de l’Univers ». La médecine traditionnelle chinoise a une perception différente de notre vision occidentale de l'être humain. Elle traite l’Homme dans sa globalité, c’est-à-dire son aspect énergétique, psychologique et physique. Cette médecine a pour objectif de maintenir le patient en bonne santé, c’est-à-dire dans un équilibre énergétique correct. L’acupuncture s’inscrit dans cette vision énergétique globale du fonctionnement de l’être humain. La loi des 5 mouvements (Wu Xing) est un exemple des principaux concepts dynamiques de la médecine chinoise permettant de conduire à une prise en charge thérapeutique. Elle découle de la théorie du Yin-Yang, qui subdivise tout ce qui nous entoure et nous compose en 5 grands ensembles interdépendants. Ces 5 mouvements sont le bois (associé à l’organe foie), le feu (associé à l’organe cœur), la terre (associée à l’organe rate), le métal (associé à l’organe poumon) et l’eau (associé à l’organe rein). Dans cette théorie, chaque organe est relié aux autres et en interdépendance selon la loi d’engendrement, la loi d’inhibition ou la loi de mépris. Ainsi, tout trouble d’un organe aura des répercussions sur les autres et donc sur l’état physique et/ou psychique de la patiente. Et inversement, toute perturbation physique et/ou psychique aura un impact sur la circulation énergétique, créant ainsi une pathologie. Par ailleurs, chaque organe est nourri par un méridien où circule les substances vitales : Qi (l’énergie) et le Xue (le sang). Le trajet de chaque méridien est cartographié et des points d’acupuncture spécifiques sont précisément localisés. Certains points ont une action spécifique fondamentale à connaître pour la pratique clinique. Par exemple, le point du méridien situé à l’extrémité des doigts ou des orteils est appelé le point Jing, c’est-à-dire le point puits « là où cela surgit ». Les atlas d’acupuncture indiquent les distances entre chaque point en CUN, correspondant à la largeur du pouce du patient. Ainsi, chaque distance est adaptée à la morphologie du patient. L'acupuncture consiste en pratique à sentir le point sous la pulpe du doigt puis à insérer une fine aiguille afin de stimuler la circulation énergétique et de réguler l’équilibre dynamique du patient. Il existe d’autres concepts fondamentaux de prise en charge d’un patient en acupuncture. Une vision individualisée En médecine traditionnelle chinoise, les schémas de déséquilibres sont spécifiques à chaque individu. La consultation d’acupuncture répond à des règles bien précises. Avant chaque prise en charge, l’acupuncteur réalise donc un examen clinique en quatre temps : interroger, voir, écouter/sentir et palper. L’observation, tout d’abord, nous renseigne sur la typologie de la patiente. Après avoir objectivé le motif de consultation, l’interrogatoire a pour but de préciser le symptôme et ses signes associés, qui peuvent en médecine chinoise n’avoir aucun lien apparent. L’examen de la langue et la prise des pouls sont aussi des éléments importants du diagnostic, tout comme la palpation des points douloureux. C’est alors que selon les principes fondamentaux de MTC des corrélations permettent, une fois associées, d’établir un tableau pathologique, un schéma de maladie ou de déséquilibre. C’est dans cette manière d'appréhender l'être humain avec une vision individualisée, sous tous ces aspects et de le traiter comme tel que cette médecine se différencie de notre médecine classique occidentale.   La grossesse En médecine chinoise, le Yin et le Yang sont deux notions opposées, complémentaires et relatives dans un cycle dynamique. Ils sont représentés par le Tai Ji. (figure 1)   Figure 1. Symbole du Tai Ji. Tout est soumis à l’équilibre Yin-Yang. Quand on regarde le symbole du Yin (noir) et du Yang (rouge), on voit qu’ils s’imbriquent, marquant leur relation, leur alternance et leur interdépendance dynamique. Les deux graines, rouge dans le Yin et Noir dans le Yang, signifient que rien n’est tout à fait Yin ou Yang et que dans chaque état subsiste l’autre état sous forme de potentialité.   Ainsi, la femme est Yin, l’homme Yang. La grossesse est la création d’un être nouveau par l’union de Yin et du Yang, de l’eau et du feu du ciel antérieur. Ces notions sont abordées à l’aide de leur sinogramme car ils permettent une compréhension globale de l’idée donnée (les traductions sont donc souvent imprécises et peuvent être différentes d’un ouvrage à l’autre) (figures 2, 3 et 4). Figure 2. Sinogramme  YIN. Il représente le nord de la colline sous les nuages, à l’ombre.  Figure 3. Sinogramme YANG. Il représente le sud de la colline à la lumière sous le soleil. Figure 4. Sinogramme QI. Il représente la vapeur au-dessus du riz, c’est-à-dire l’énergie produite par l’absorption du riz.   La fécondation est une phase de yinisation de la femme qui se prolonge tout au long de la grossesse. Cette accélération, cette concentration des mouvements yin et cette diminution des fonctions yang peuvent créer des déséquilibres, aggraver les plénitudes de yin ou, au contraire, améliorer les vides de yin. C’est-à-dire que l’état de grossesse va pouvoir aggraver une maladie préexistante ou latente ou créer des pathologies qui seront plus ou moins bien supportées en fonction de l’état de santé de la mère au moment de la grossesse, et de son environnement. En acupuncture, il faudra alors prendre en charge la maladie et protéger le foetus, en tonifiant le rein pour consolider le Yuan Qi du fœtus (c’est le souffle originel principal, provenant du ciel antérieur, celui qui nous relie au principe de vie), et la rate pour renforcer la source de production du Qi et du Xue. La technique Les techniques de stimulation des points d’acupuncture sont effectuées avec des moyens divers : de fines aiguilles stériles à usage unique le plus souvent, mais aussi d'autres moyens physiques (mécaniques, électriques, magnétiques, thermiques, lumineux). Le choix des points d’acupuncture est établi d’après un principe thérapeutique découlant des symptômes et de l’interrogatoire. La stimulation du point d'acupuncture par l'aiguille agit localement et à distance. Elle déclenche une cascade de réactions physiologiques spécifiques et prévisibles. La pose des aiguilles dure 20 à 30 min, elles agissent sur le Qi qui est la base de tout. La fréquence des consultations dépend du but recherché et de l’action obtenue. Cependant, une pathologie d’apparition récente pourra être soignée rapidement alors qu’une pathologie plus ancienne demandera un traitement plus long. Recommandations en gynécologie-obstétrique Plusieurs revues systématiques et ECRs de bonne qualité fournissent des données probantes suggérant les bénéfices de l’acupuncture. Par exemple, dans Alternative Thérapies, Anderson BJ et al. réalisent en 2007 une revue de la littérature regroupant 11 études (essais randomisés/comparatifs, étude prospective et études de cas comme celle de Paulus et al. en 2002). Elle conclut que l’acupuncture améliore les taux de grossesse en fécondation in vitro (FIV). Cependant, ces recommandations sont systématiquement modérées faute d’essais de bonne qualité. D’autre part, en 2005, la Haute autorité de santé (HAS) déclare l’efficacité du point Maître Cœur 6 (MC 6) dans les nausées et vomissements du premier trimestre de la grossesse avec un grade de preuve scientifique A. En 2008, les recommandations européennes pour l’acupuncture dans le cadre du syndrome de Lacomme attribuent un grade de recommandation de niveau B. Dans le cadre des versions de fœtus se présentant par le siège, l’HAS a établi un grade B pour le recours à l’acupuncture avec l’utilisation du point Vessie 67 (V 67) en poncture simple ou associé à la moxibution. De même que la maturation et l’induction du travail chez la parturiente après rupture spontanée des membranes a aussi bénéficié d’un niveau de preuve de grade B. En post-partum, de nombreux essais comparatifs randomisés (ECR) ont confirmé l’efficacité de l’acupuncture dans les cas d’engorgements mammaires, de mastites ou d’hypogalactie. Pour conclure La médecine traditionnelle chinoise a un abord différent de la médecine occidentale. Elle permet une continuité de la prise en charge globale de la personne et du couple, sur le plan physique et psychique dans les troubles de la fertilité, la grossesse, l’accouchement et le post-partum. Ce sont des temps de vie essentiels pour la femme et son entourage. Ils peuvent être entre maillés de pathologies plus ou moins graves et parfois sans réponse thérapeutique dans notre médecine conventionnelle. C’est notamment pour répondre à cela que la grossesse semble être une période idéale pour recourir à l’acupuncture. Les compétences des sages-femmes se sont beaucoup élargies ces dernières années et elles contribuent au développement de la pratique de l’acupuncture en gynécologie-obstétrique. La santé physique et psychique est une des principales préoccupations de santé de la périnatalité. Intégrer l’acupuncture dans ce parcours de santé, notamment par les sages-femmes, peut compléter la prise en charge des paturientes et cette médecine est complémentaire de la médecine occidentale.  

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