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Thérapeutique

27 juil 2021

La prise d’antibiotiques pendant la grossesse pourrait augmenter le risque d’otites de l’enfant

Jean-Jacques BAUDON, Hôpital Armand-Trousseau, AP-HP; Paris
La prise d’antibiotiques pendant la grossesse pourrait augmenter le risque d’otites de l’enfant

La prise d’antibiotiques (AB), outre l’apparition de résistances, peut avoir aussi des effets à long terme sur la santé. 

Une femme sur quatre reçoit un AB pendant la grossesse. Les effets à distance sur l’enfant sont mal connus, en particulier ceux liés aux modifications de la flore vaginale de la mère qui joue un rôle dans la composition du microbiome de l’enfant et de ce fait influence l’immunité innée et adaptative de ce dernier. Ces troubles peuvent modifier la susceptibilité à l’asthme, à l’obésité et à bien d’autres conditions. D’autre part, les otites sont parmi les causes les plus fréquentes de prise d’AB dans l’enfance. L’impact de la prise d’antibiotiques pendant la grossesse sur la fréquence des otites chez l’enfant (jusqu’à l’âge de 10 ans) est très peu connu. Des pédiatres de l’Université de Melbourne ont utilisé une étude prospective lancée en 2004 et qui avait pour but d’améliorer la prévention de certains facteurs pouvant altérer le développement de l’enfant. Dans le cadre d’un échantillon représentatif de 5 000 enfants australiens, les sujets ont pu être suivis régulièrement par des interviews et des questionnaires portant sur les paramètres socio-économiques, l’éducation et les problèmes de santé. L’enquête initiale qui a eu lieu entre 3 et 21 mois par interview face à face, a porté entre autres sur la consommation d’AB pendant la grossesse. Le suivi tous les deux ans a été assuré à domicile par des professionnels exercés aux interviews. La cohorte initiale comportait 5 107 enfants puis 3 764 d’entre eux (74 %) y ont participé jusqu’à l’âge de 10/11 ans. La fréquence des otites a été évaluée par les interrogatoires. Le risque d’otite en fonction des AB pendant la grossesse était statistiquement élevé dans les groupes « fréquence d’otite moyenne et élevée » Une analyse statistique par régression logistique multinomiale a été utilisée ; elle a permis d’isoler le facteur d’intérêt (ici la prise d’AB) des autres facteurs jouant un rôle dans la fréquence des otites (âge, sexe, poids de naissance, accouchement par voie haute ou basse, tabagisme passif). Au total, 4 500 enfants (88 % de l’échantillon initial) ont été inclus dans l’analyse ; l’âge initial moyen était de 0,7 ans (garçons 51,3 %). L’utilisation d’AB pendant la grossesse a été rapportée par 10,4 % des mères. Quatre groupes de fréquence d’otites ont été identifiés : un constamment bas, le plus important (n=3 880, 86,2 %), un de fréquence assez basse (n=253, 5,6 %), un de fréquence moyenne (n=302, 6,7 %) et un de fréquence élevée (n=65, 1,4 %). La prise d’AB pendant la grossesse a augmenté de 9,7 % dans le premier à 18,5 % dans le dernier. Le risque d’otite en fonction des AB pendant la grossesse était statistiquement élevé dans le groupe fréquence moyenne (OR ajusté 1,78 IC 95 % 1,25-2,53, p=0,001)) et dans le groupe fréquence élevée (OR ajusté 2,04, IC 95% 1,08-3,68 p=0,03). En conclusion, cette étude repose sur une enquête basée sur une méthode par interviews utilisée en sociologie. La prise d’antibiotiques pendant la grossesse est associée à une augmentation du risque d’otites pendant l’enfance. Cette constatation mériterait d’être confirmée par l’enregistrement des antibiotiques réellement délivrés et les diagnostics médicaux d’otite.

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