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Douleur

19 nov 2021

Dyspareunies d’intromission : les vulvodynies (2/3)

L. Bourgault
Dyspareunies d’intromission : les vulvodynies (2/3)

Moins connue que le vaginisme, la vulvodynie souffre encore d’un manque de formation auprès des professionnels et d’un retard de prise en charge pour les patientes. Zoom sur les facteurs de risque, le diagnostic et le suivi de cette hypersensibilité cutanée externe.

Aujourd’hui, zoomons sur les vulvodynies. Ce type de douleur d’intromission « n’est pas assez connue tout simplement car elle est peu enseignée », tant du côté « des médecins généralistes que des gynécologues et des sages-femmes ». La connaissance de la pathologie et son diagnostic restent insuffisants dans un contexte où la douleur féminine u niveau de la sphère gynécologique peine parfois à se faire entendre à son juste niveau. Éclairage donc ! Les vulvodynies sont décrites dans la pratique depuis 1986. Mais il a fallu attendre 2015 pour que la définition officielle de ce trouble soit établie par l’International Scientific Society of disease (ISSVD)*. « Les vulvodynies correspondent à des douleurs de la vulve sans atteinte neurologique, avec une apparence normale de la vulve », rappelle Camille Tallet, sage-femme ostéopathe à Lyon. « Cette douleur ne survient pas forcément pendant les rapports, certaines arrivent très bien à se relâcher, à lubrifier normalement », continue la sage-femme. « Les femmes viennent en consultation en disant que la couture de leur jean et la selle de leur vélo les gênent. Et décrivent des pics douloureux. » Sans forcément qu’un élément déclencheur ne soit rapporté. Le Q-tip test, diagnostic sans équivoque de la vulvodynie Comment poser le diagnostic des vulvodynies ? Une question importante alors que la plupart des femmes s’entendent dire « que c’est dans la tête vu que le clinicien ne voit pas d’anomalies visuelles au niveau de la vulve ». Première phase, le Q-tip test basé sur l’utilisation d’un coton-tige pour venir toucher différents endroits de la vulve : précisément un petit trou situé au niveau des glandes de Bartholin, situées sur la zone de « 5 h et 7 h au niveau du vestibule postérieur juste avant l’hymen ». Ces glandes jouent un rôle important dans la lubrification externe de la vulve. Dans le diagnostic des vulvodynies, la technique du Q-tip test va « reproduire exactement la douleur éprouvée par la femme ». Petit à petit, de plus en plus de professionnels découvrent l’existence et l’efficacité de ce test. « On commence à en parler sur les salons, ce sont des signaux positifs », déclare Camille Tallet. Automédication contre les mycoses, sécheresse vaginale… Quelles sont les causes des vulvodynies ? Dans les causes majeures, « on trouve souvent des facteurs de sensibilisation au niveau de la peau et des muqueuses, dans le cas de l’automédication par exemple ou des mycoses à répétition ». Les formules « pourvoyeuses de sécheresse, de certains dispositifs de contraception ou produits anti-acnéiques, ou encore la période de la ménopause » peuvent aussi accentuer le risque de vulvodynies. Pendant la phase de diagnostic, « on va donc interroger le confort vulvaire au quotidien et évaluer un potentiel excès d’hygiène qui pourrait agresser les muqueuses ». Crème lubrifiante et hydratante vulvaire Quels traitements s’avèrent efficaces dans la prise en charge des vulvodynies ? Une crème anesthésiante à base de lanoline** et de vaseline, deux substances connues pour leurs propriétés lubrifiantes, constitue la solution de référence contre cette sensibilité cutanée. « Cette pommade est à appliquer matin et soir au niveau de la vulve : l’anesthésiant sert à saturer les récepteurs à la douleur. » Ce traitement vient atténuer les pics de douleurs, mais également en prévention, si jamais les pics laissent tout de même quelques heures de répit à la patiente. « Il est même possible de l’employer à chaque fois que la gêne revient, en allant jusqu’à 6 à 8 applications par jour sans problème. » Quelle durée pour cette prescription ? « Jusqu’à ce que la douleur passe. » « En fonction de la cause, on va adapter la prise en charge pour donner les bons conseils en termes d’habitude de vie et pérenniser l’efficacité du traitement », décrit Camille Tallet. Il s’agit : De « privilégier les savons au pH physiologique (5,5), d’éviter les déodorants vulvaires ou de mettre des protège-slips tous les jours qui absorbent toute la lubrification externe » ; D’adapter la pilule si nécessaire. « On va par exemple favoriser les pilules oestroprogestatives, les œstrogènes étant nourriciers pour les muqueuses. » Au niveau de la toilette vulvaire, « on rappelle qu’il faut se laver avec un savon adapté, une fois par jour, surtout ne pas pratiquer de douche vaginale, dans le sens où l’on ne nettoie que la surface des grandes lèvres ». La relaxation périnéale en cas d’hypertonie musculaire Chez les patientes présentant une hypertonie musculaire, en plus de cette hypersensibilité cutanée, « on propose des séances de relaxation périnéale pour venir détendre les muscles du périnée, en utilisant aussi des dilatateurs vaginaux. On apprend aussi aux femmes à remobiliser leur périnée pour limiter les spasmes réflexes », conclut Camille Tallet. *Société de prise en charge des douleurs vulvaires **substance aussi connue sous les termes graisse de laine ou cire de laine Aller plus loin : Rendez-vous sur le site de l’association Périnée Bien-aimée, ses comptes Instagram et Facebook. Sur le site, il est possible de présenter les cas cliniques entre spécialistes. « Au bonheur des vulves – Le manuel antidouleur qui en a entre les jambes », Camille Tallet, Élise Thiébault – Editions Leduc, le 19 octobre 2021

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